Le Temple de Salomon

Pour bien comprendre l'architecture religieuse, il faut d'abord regarder du côté de l'Ancien Testament, alors que le Seigneur dicte au roi Salomon, tous les plans du premier Temple de Jérusalem dont on aperçoit ci-contre une image. Il se compose de trois parties distinctes, à savoir, le parvis où se trouve l'autel des holocaustes et la mer d'airain, le lieu saint où se rendent les fidèles pour la prière et l'adoration du Seigneur et, enfin, le lieu très saint, là où repose l'arche de l'Alliance et les tables de la Loi de Dieu.

Pour bien comprendre comment se compose le Temple, il faut nous tourner au second livre des Chroniques dans l'Ancien-Testament où l'on peut lire ce qui suit :

« Salomon commença à bâtir la maison de l'Éternel à Jérusalem, sur la montagne de Morija, qui avait été indiquée à David, son père, dans le lieu préparé par David sur l'aire d'Ornan, le Jébusien. Il commença à bâtir le second jour du second mois de la quatrième année de son règne. Voici sur quels fondements Salomon bâtit la maison de Dieu. La longueur en coudées de l'ancienne mesure était de soixante coudées, et la largeur de vingt coudées. Le portique sur le devant avait vingt coudées de longueur, répondant à la largeur de la maison, et cent vingt de hauteur; Salomon le couvrit intérieurement d'or pur. Il revêtit de bois de cyprès la grande maison, la couvrit d'or pur, et y fit sculpter des palmes et des chaînettes. Il couvrit la maison de pierres précieuses comme ornement; et l'or était de l'or de Parvaïm. Il couvrit d'or la maison, les poutres, les seuils, les parois et les battants des portes, et il fit sculpter des chérubins sur les parois. Il fit la maison du lieu très saint; elle avait vingt coudées de longueur répondant à la largeur de la maison, et vingt coudées de largeur. Il la couvrit d'or pur, pour une valeur de six cents talents; et le poids de l'or pour les clous montait à cinquante sicles. Il couvrit aussi d'or les chambres hautes. Il fit dans la maison du lieu très saint deux chérubins sculptés, et on les couvrit d'or. Les ailes des chérubins avaient vingt coudées de longueur. L'aile du premier, longue de cinq coudées, touchait au mur de la maison; et l'autre aile, longue de cinq coudées, touchait à l'aile du second chérubin. L'aile du second chérubin, longue de cinq coudées, touchait au mur de la maison; et l'autre aile, longue de cinq coudées, joignait l'aile du premier chérubin. Les ailes de ces chérubins, déployées, avaient vingt coudées. Ils étaient debout sur leurs pieds, la face tournée vers la maison. Il fit le voile bleu, pourpre et cramoisi, et de byssus, et il y représenta des chérubins. Il fit devant la maison deux colonnes de trente-cinq coudées de hauteur, avec un chapiteau de cinq coudées sur leur sommet. Il fit des chaînettes comme celles qui étaient dans le sanctuaire, et les plaça sur le sommet des colonnes, et il fit cent grenades qu'il mit dans les chaînettes. Il dressa les colonnes sur le devant du temple, l'une à droite et l'autre à gauche; il nomma celle de droite Jakin, et celle de gauche Boaz. Il fit un autel d'airain, long de vingt coudées, large de vingt coudées, et haut de dix coudées. Il fit la mer de fonte. Elle avait dix coudées d'un bord à l'autre, une forme entièrement ronde, cinq coudées de hauteur, et une circonférence que mesurait un cordon de trente coudées. Des figures de bœufs l'entouraient au-dessous de son bord, dix par coudée, faisant tout le tour de la mer; les bœufs, disposés sur deux rangs, étaient fondus avec elle en une seule pièce. Elle était posée sur douze bœufs, dont trois tournés vers le nord, trois tournés vers l'occident, trois tournés vers le midi, et trois tournés vers l'orient; la mer était sur eux, et toute la partie postérieure de leur corps était en dedans. Son épaisseur était d'un palme; et son bord, semblable au bord d'une coupe, était façonné en fleur de lis. Elle pouvait contenir trois mille baths. Il fit dix bassins, et il en plaça cinq à droite et cinq à gauche, pour qu'ils servissent aux purifications: on y lavait les diverses parties des holocaustes. La mer était destinée aux ablutions des sacrificateurs. Il fit dix chandeliers d'or, selon l'ordonnance qui les concernait, et il les plaça dans le temple, cinq à droite et cinq à gauche. Il fit dix tables, et il les plaça dans le temple, cinq à droite et cinq à gauche. Il fit cent coupes d'or. Il fit le parvis des sacrificateurs, et le grand parvis avec ses portes, dont il couvrit d'airain les battants. Il plaça la mer du côté droit, au sud-est. Huram fit les cendriers, les pelles et les coupes. Ainsi Huram acheva l'ouvrage que le roi Salomon lui fit faire pour la maison de Dieu: deux colonnes, avec les deux chapiteaux et leurs bourrelets sur le sommet des colonnes; les deux treillis, pour couvrir les deux bourrelets des chapiteaux sur le sommet des colonnes; les quatre cents grenades pour les deux treillis, deux rangées de grenades par treillis, pour couvrir les deux bourrelets des chapiteaux sur le sommet des colonnes; les dix bases, et les dix bassins sur les bases; la mer, et les douze bœufs sous elle; les cendriers, les pelles et les fourchettes. Tous ces ustensiles que le roi Salomon fit faire à Huram Abi pour la maison de l'Éternel étaient d'airain poli. Le roi les fit fondre dans la plaine du Jourdain, dans un sol argileux, entre Succoth et Tseréda. Salomon fit tous ces ustensiles en si grande quantité que l'on ne vérifia pas le poids de l'airain. Salomon fit encore tous les autres ustensiles pour la maison de Dieu: l'autel d'or; les tables sur lesquelles on mettait les pains de proposition; les chandeliers et leurs lampes d'or pur, qu'on devait allumer selon l'ordonnance devant le sanctuaire, les fleurs, les lampes et les mouchettes d'or, d'or très pur; les couteaux, les coupes, les tasses et les brasiers d'or pur; et les battants d'or pour la porte de l'intérieur de la maison à l'entrée du lieu très saint, et pour la porte de la maison à l'entrée du temple. Ainsi fut achevé tout l'ouvrage que Salomon fit pour la maison de l'Éternel. Puis il apporta l'argent, l'or et tous les ustensiles que David, son père, avait consacrés, et il les mit dans les trésors de la maison de Dieu. Alors Salomon assembla à Jérusalem les anciens d'Israël et tous les chefs des tribus, les chefs de famille des enfants d'Israël, pour transporter de la cité de David, qui est Sion, l'arche de l'alliance de l'Éternel. Tous les hommes d'Israël se réunirent auprès du roi pour la fête, qui se célébra le septième mois. Lorsque tous les anciens d'Israël furent arrivés, les Lévites portèrent l'arche. Ils transportèrent l'arche, la tente d'assignation, et tous les ustensiles sacrés qui étaient dans la tente: ce furent les sacrificateurs et les Lévites qui les transportèrent. Le roi Salomon et toute l'assemblée d'Israël convoquée auprès de lui se tinrent devant l'arche. Ils sacrifièrent des brebis et des bœufs, qui ne purent être ni comptés, ni nombrés, à cause de leur multitude. »

(2 Chroniques 3 : 2¾5 : 6)

Chacune des zones à l'intérieur du temple, soient le Lieu Saint et le Lieu très Saint, sont séparés par de lourdes tentures de couleur pourpre. Avançons maintenant rapidement dans le temps jusqu'à Jésus. Les évangiles nous disent qu'à trois heures, alors que Jésus expire sur la croix, la tenture qui sépare le Lieu Saint du Lieu Très Saint s'est déchiré en deux, du haut vers le bas, sans aucune intervention humaine. Ce fait, nous l'avons compris alors que Dieu signifie au monde qu'Il est désormais accessible au genre humain par l'entremise de Jésus, mort et ressuscité afin que chacun puisse être rétabli dans la sainte Alliance de Dieu.

Les premières églises chrétiennes

Suite à la mort et à la résurrection de Jésus, on assiste, dans le livre des Actes des Apôtres, à la naissance des premières communautés chrétiennes. On y lit que les premiers chrétiens vendaient tous leurs biens et leurs maisons et vivaient en communauté, dans le partage. On assiste donc à la construction des premières églises chrétiennes qu'on comprend assez simples et rudimentaires pour les communautés moins fortunées. Ci-contre, les vestiges de l'Église de Corinthe nous présentent une église de forme rectangulaire.

L'Église chrétienne des premiers temps se détache quelque peu de l'architecture du Temple de Salomon puisque les chrétiens comprennent que c'est l'être humain qui est le véritable temple de l'Esprit Saint et que l'église constitue le lieu de rassemblement communautaire pour la prière, le partage des Saintes Écritures et de l'Eucharistie.

Elle est aussi différente. Du fait que le rideau séparant le Lieu Saint du Lieu Très Saint s'est déchiré du haut vers le bas, les premières communautés chrétiennes y ont vu là là volonté de Dieu de s'approcher davantage encore de Sa création. Ainsi, l'intérieur de l'Église se présente en deux parties distinctes : la nef où prennent place les fidèles pour la prière et le chœur où l'on vient célébrer les Saintes Écritures et le partage de l'Eucharistie.

Cependant, il faut savoir que la chrétienté n'a pas toujours été reconnu et qu'en diverses époques, les chrétiens ont été ouvertement persécutés, battus et souvent tués. Plusieurs églises ont aussi été détruites. Sur la photo ci-dessus, on aperçoit ce qui seraient les vestiges de l'Église de Corinthe (les deux lettres adressées par saint Paul aux Corinthiens).

Avec le temps, notamment en Europe, les églises commencent à adopter des formes un peu plus élaborées. Ci-contre, une ancienne église située dans une campagne de France, nous présente une structure en maçonnerie, surmontée de niches pouvant accueillir des cloches, des contreforts de soutènement sur le mur extérieur, bref, l'architecture commence à prendre une proportion plus importante. Entrer dans l'église doit être, à cette époque, une expérience de recueillement mais aussi de beauté, propice à la prière et au partage de la communauté.

Le style gothique

Au Moyen-Âge, on assiste à l'apparition de styles architecturaux particulièrement grandioses et très élaborés. L'un de ceux-ci, le style gothique, offre l'occasion aux artisans de développer des bâtiments tout à la fois spectaculaires mais aussi très richement décorés. Il existe trois styles gothiques, à savoir : le gothique classique, le gothique rayonnant et le gothique flamboyant (ou international).

Les avancées techniques et technologiques du bâtiment permettent de créer des œuvres magistrales comme, par exemple ici, pour la Cathédrale Notre-Dame-de-Paris, véritable chef-d'œuvre de style gothique flamboyant, construite au 12e siècle. On assiste aussi à l'apparition d'une disposition dite « en plan de croix » puisque, vu du haut des airs, le bâtiment épouse la forme d'une croix rappelant ainsi la croix à laquelle le Christ Jésus fut crucifié.

Tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, la Cathédrale Notre-Dame-de-Paris suscite l'admiration par son volume très haut et dégagé. Les architectes ont déployé tout leur savoir faire pour être en mesure, non seulement d'assumer les charges portantes du bâtiment, mais encore de permettre de très grands percements dans les murs pour y installer de somptueux vitraux rappelant diverses scènes bibliques ou historiques. Colonnes, moulures et dentelle de pierre ont de quoi susciter notre admiration.

Suite à la fondation de Ville-Marie, en sol nord-américain par Samuel de Champlain, les Pères Sulpiciens retiennent les services de l'architecte James O'Donnell pour construire une église dont la taille et le décor s'inspireront de la Sainte Chapelle de Paris. Il donnera naissance, en 1824, à la Basilique Notre-Dame-de-Montréal, laquelle peut accueillir 1 500 fidèles au parterre et dans les deux niveaux de jubés latéraux. Érigée dans le style gothique flamboyant, elle est décorée de nombreuses boiseries finement moulurées, dorées ou peintes et elle sera, durant plusieurs décennies, le plus grand lieu de culte en sol nord-américain.

La Basilique Notre-Dame de Montréal témoigne d'un art du bâtiment et de la décoration depuis fort longtemps révolus. Chacune des composantes intérieures ont été réalisées à la main par de véritables artisans, ébénistes et artistes peintres qui lui ont insufflé l'âme qu'on lui connaît. Chaque année, la Basilique accueille près de 2 millions de visiteurs. Ci-contre, la très belle chaire de la Basilique qui surplombe la nef, à l'avant. À sa base se trouvent les sculptures des prophètes de l'Ancien Testament. L'escalier en colimaçon est finement sculpté et mène au pupitre situé en surplomb de l'assemblée.

L'abat-voix est décoré du symbole de la colombe sur son plafond et les statues des quatre évangélistes viennent couronner l'ensemble.

On comprend que le style gothique flamboyant est tout à la fois riche et opulent et particulièrement onéreux à réaliser.

À Paris, le roi Louis (désormais saint Louis de France) fait construire la Sainte Chapelle qui doit accueillir le reliquaire contenant la couronne d'épines qui avait été posée sur la tête de Jésus. Ce lieu, on l'a voulu tout à la fois riche, spectaculaire et digne recevoir un tel reliquaire.

Elle est enclavée dans la place de la Justice et son style architectural, également gothique, laisse toute la place à la lumière. Les architectes ont, en effet, réalisé une véritable prouesse architecturale pour réaliser de véritables murs de verre autour desquels la pierre occupe un espace minimal. Les vitraux de la Sainte Chapelle sont, en effet, légendaires.

Ironie du sort, ce n'est plus la Sainte Chapelle qui abrite le reliquaire de la couronne d'épines, ce reliquaire ayant été transféré à la Basilique Notre-Dame-de-Paris qui en est désormais la gardienne.

Le style Roman

En 1506, le pape Jules II a pour projet de faire construire une Basilique qui sera le siège de la foi chrétienne Catholique. Il a choisi, pour ce faire, d'ériger le bâtiment au-dessus du lieu de sépulture de l'Apôtre Pierre qui avait été crucifié à cet endroit, de là le nom de Basilique Saint-Pierre de Rome. Le bâtiment, selon la volonté de Jules II, doit dépasser tout ce qui était alors connu, doit étonner par sa taille et par l'opulence de son décor. Bernini a conçu la colonnade qui entoure la place saint Pierre de même que la gloire qui orne le mur avant de la nef. Le style Roman se détache du style gothique flamboyant en ce qu'il est quelque peu plus austère.

Si la Basilique Notre-Dame de Montréal (que nous avons vu plus tôt) a longtemps été le siège du Diocèse de Montréal, en 1852, Monseigneur Ignace Bourget, alors évêque de Montréal, décide d'entreprendre la construction d'une église qui sera le nouveau siège de la foi chrétienne Catholique montréalaise et, certes, on ne peut s'empêcher de faire un rapprochement avec la Basilique Saint-Pierre de Rome puisque, en fait, la Cathédrale Marie-Reine-du-Monde de Montréal a été réalisée à l'échelle 1/10e de la célèbre Basilique.

La Cathédrale peut accueillir quelques 2 000 fidèles sur son parterre et son jubé. C'est elle qui célèbre les événements religieux marquants de Montréal, notamment les funérailles de personnages publics et politiques.

Concile Vatican II

La tenue du Concile Vatican II au milieu des années 1960, a donné un nouveau souffle à l'Église. Sa Sainteté, le pape Jean XXIII souhaitait que l'Église universelle s'engage sur la voie du XXe siècle notamment en approchant davantage l'Église des fidèles, en la rendant plus accessible et, d'une certaine manière moins ostentatoire. S'il n'y a pas été question de dogme, les participants au Concile se sont néanmoins penchés sur le désir d'une plus grande ouverture de l'Église et l'engagement d'un dialogue œcuménique entre les différentes traditions de foi chrétiennes. Parmi les travaux, on a procédé à une refonte, en profondeur, de la liturgie mais aussi de la démocratisation de l'architecture religieuse. En effet, jusque là les styles religieux traditionnels que furent les styles gothiques et Roman s'avéraient fort coûteux et plusieurs communautés paroissiales ne pouvaient se permettre, financièrement, de réaliser des constructions aussi élaborées et onéreuses.

Conscient de ce fait, le Vatican a donc opté pour des styles architecturaux plus contemporains et mieux intégrés à leurs environnements. Sans rien perdre du caractère sacré du lieu, les églises construites à la suite du Concile Vatican II sont nettement plus épurées, accessibles et même conviviales pour les communautés qui les fréquentent.

Les églises érigées à la suite du Concile Vatican II reflètent très certainement, comme ici à la paroisse Marie-Reine-des-Cœurs, la volonté de moderniser davantage les styles architecturaux, mais aussi pour permettre aux fidèles de vivre une expérience communautaire qui soit tout à la fois conviviale et chaleureuse, propice à l'accueil, tout comme au recueillement des fidèles.