C'est sur le maître-autel que sont consacrées les Saintes Espèces que sont le pain et le vin, les deux symboles choisis par Jésus pour commémorer le don de Sa vie. Le maître-autel est placé au centre du chœur, comme il convient et nous rappelle l'autel des sacrifices que l'on retrouve dans l'Ancien Testament. Sous l'ancienne Loi, les animaux offerts en sacrifices pour le pardon des péchés étaient sacrifiés sur l'autel situé face au Temple de Jérusalem.

Aujourd'hui, c'est Jésus qui s'est sacrifié, une fois pour toutes, pour le pardon des péchés et c'est en célébrant le mémorial de Sa mort et de Sa résurrection durant la Liturgie de l'Eucharistie que les chrétiens se rappellent la source même de leur salut.

L'usage de la pierre d'autel remonte au début de l'Église primitive. Insérée dans la base du maître-autel (comme ici à la paroisse) ou dans la table, la pierre d'autel contient un reliquaire de premier ordre d'un saint personnage dans l'histoire de l'Église. Un reliquaire de premier ordre se compose habituellement d'une partie d'un os ou d'un vêtement ayant touché au saint ou à la sainte de qui ont créé un reliquaire.

À la paroisse Marie-Reine-des-Cœurs, nous avons longtemps cru que la pierre d'autel contenait le reliquaire de saint Louis-Marie Grignion, Père de Montfort et instigateur du vocable Marie, Reine des Cœurs : « À Jésus par Marie ».

Il y a quelques années, nous avons voulu valider cette information et, à ce propos, nous avons communiqué avec le service responsable de l'Archidiocèse de Montréal pour confirmer ce fait.

À notre grande surprise, on nous a informé que le reliquaire du maître-autel de notre paroisse contient, en fait, deux reliquaires : tout d'abord, celui de saint Janvier, évêque de Bénévent, mort martyr en 305 sous Dioclétien. Une biographie exhaustive (disponible en anglais) se trouve sur le site Web de l'Encyclopédie Catholique. Le deuxième reliquaire est celui de saint Bonaventure, supérieur général des Frères Mineurs, mort empoisonné le 16 juillet 1274 à Lyons, France. Une biographie exhaustive (disponible en anglais) se trouve également sur le site Web de l'Encyclopédie Catholique.

Fort méconnus puisqu'ils sont décédés depuis plusieurs siècles maintenant, leur biographie et leur parcours religieux ne manque certes pas d'intérêt. À ce propos, voici ce que nous avons pu trouver sur le site Web de l'encyclopédie Wikipédia à propos de saint Bonaventure et de saint Janvier et que nous reproduisons ci-après :

Saint Bonaventure

Il naît de Giovanni da Fidanza et de Maria Ritella. Baptisé Giovanni à sa naissance, il prend par la suite le nom de « Bonaventure ». Nous ne savons rien de sa jeunesse, ni des raisons de son changement de nom. Selon une tradition du XVe siècle, le jeune Giovanni, gravement malade, aurait été apporté à François d'Assise, lequel se serait écrié en le voyant : « O buona ventura! » (« quelle chance! »).

Son père, médecin, l’envoie étudier les arts à la Sorbonne en 1236. Il rejoint l'Ordre des frères mineurs en 1243. Il entreprend les études de théologie sous la houlette d'Alexandre de Hales, grand théologien devenu franciscain, puis d'Eudes Rigaud. En 1248, Bonaventure obtient sa licence, ce qui l'autorise à enseigner à son tour à l'Université. En 1256, l'animosité montante des universitaires à l'égard des ordres mendiants l'oblige à quitter son poste. Après la condamnation de Guillaume de Saint-Amour, principal adversaire des Mendiants, Bonaventure reçoit son doctorat en 1257, en même temps que Thomas d'Aquin.

La même année, et malgré son jeune âge, Bonaventure avait été élu ministre général de son ordre, en succession de Jean de Parme. Il se trouve confronté à la querelle entre Spirituels et Conventuels, c'est-à-dire entre partisans de la pauvreté absolue et partisans d'une évolution de l'ordre, en particulier vers l'enseignement. Bonaventure condamne les Spirituels, en particulier les joachimistes, artisans des thèses de Joachim de Flore. Lors du chapitre général de Narbonne, il fait réviser les constitutions de l'ordre. Il s'attelle ensuite à une biographie de François d'Assise, qu'il présente en 1263 au chapitre général de Pise. À cette occasion, il redessine la carte des provinces de l'ordre. Il prescrit également la sonnerie des cloches à la tombée de la nuit, en l'honneur de l'Annonciation — pratique qui préfigure la prière de l'Angélus.

En 1265, Clément IV le nomme archevêque d'York, mais il refuse cette promotion et surtout entend demeurer à Paris, pour la défense des ordres mendiants. L'année suivante, le chapitre général de Paris ordonne la destruction de toutes les Vies de François d'Assise, à l'exception de celle rédigée par Bonaventure, déclarée la seule authentique et digne de foi. Cette mesure est condamnée par les zelanti, partisans d'un retour aux sources, qui y voient la confiscation par Bonaventure du personnage de François.

En 1267, à Rome, il crée un statut pour les laïcs agissant selon les règles de l’Amour du Christ : c’est la première confrérie de pénitents, qu'il nomme "Confrérie du Gonfalon", dont l’objet est l’amour du Christ et la proclamation de la foi catholique.

En 1271, Bonaventure intervient dans le conclave réuni à Viterbe après la mort de Clément IV. Sur ses conseils, les cardinaux élisent Tebaldo Visconti, qui prend le nom de Grégoire X. En 1273, Bonaventure est consacré cardinal-évêque d'Albano par le nouveau pape. L'année suivante, Bonaventure quitte la tête des franciscains. Il est remplacé à cet office par Jérôme d'Ascoli, futur Nicolas IV. Il est alors chargé par Grégoire X de préparer le IIe concile de Lyon, qui s'ouvre le 7 mai 1274.

Durant le concile, Bonaventure prend la parole à deux reprises devant les pères conciliaires, une fois pour accueillir la délégation byzantine et recommander la réunion des églises. Il meurt le 13 juillet, pendant la session. Selon son secrétaire, Pérégrin de Bologne, il aurait été empoisonné. Il est inhumé dans l'église franciscaine de Lyon, aujourd'hui nommée église Saint-Bonaventure. Son corps y reposé jusqu'à la Révolution Française, où il fut jeté dans le Rhône, seul serait demeuré un reliquaire, perdu, contenant son crâne. Son oraison funèbre fut prononcée par son ami, le dominicain Pierre de Tarantaise, futur Innocent V, sur le thème "Elle est tombée la colonne de l'Église".

Quand, en 1434, ses restes sont transférés dans une nouvelle église dédiée à François d'Assise, le tombeau est ouvert. Sa tête aurait alors été trouvée dans un parfait état de conservation, ce qui favorise grandement la cause de sa canonisation. Le 14 avril 1482, Sixte IV, pape franciscain, l'inscrit au nombre des saints. Bonaventure est proclamé docteur de l'Église en 1587 par le pape franciscain Sixte Quint.

Caractères généraux de l'œuvre Bonaventura peint par Francisco de Zurbarán.

Bonaventure est un théologien franciscain, qui tenta de restituer théologiquement et conceptuellement l'intuition de son maître saint François d'Assise, fondateur de son ordre. Ainsi, sa pensée est toute tendue vers l'union mystique de paix et d'amour avec Dieu. Il fut profondément influencé par saint Augustin, et dans une moindre mesure par Boèce, comme c'est visible dans le Breviloquium.

Saint Bonaventure résume l'enseignement des Victorins, notamment dans son De Triplici Via (1259) également appelé Itinerarium mentis ad Deum, que l'on connaît par au moins trois cents manuscrits, preuve de son succès. Quittant la méditation, sensible ou intellectuelle, le saint montre à l'étape suivante la contemplation infuse ou excessus mentis, aussi appelée extase des ténèbres, ou mort mystique, ou même simplement contemplation mystique :

« C'est cette faveur secrète que nul ne connaît s'il ne la reçoit et que nul ne reçoit s'il ne la désire, et que nul ne désire si ce n'est celui qui est enflammé jusqu'au fond des entrailles par le feu du Saint-Esprit, que Jésus-Christ a porté sur cette terre. »

Il s'agit de se débarrasser de notre esprit, notre pneuma, du sensible comme de l'intellectuel, pour arriver à l'extase hors du continuum espace-temps. Les étapes de la montée sont : purgative (ascèse), illuminative et perfective. Ce cheminement est interrompu par la devotio moderna au XIVe siècle, puis plus tard, par un cantonnement à la première étape, la méditation.

Les grands concepts de Bonaventure sont : la monadologie trinitaire, la théologie de la pauvreté et de la libéralité de Dieu, et une certaine théologie du corps et de la sensation.

Au Canada, l'île Bonaventure, la municipalité Saint-Bonaventure et la rivière Bonaventure sont nommées en son honneur, du fait de la colonisation par les missionnaires récollets.

Œuvre

Son œuvre inspire un courant, le « bonaventurisme », qui s'inscrit lui-même dans l'augustinisme et qui s'oppose au thomisme par l'humilité qu'il associe à la raison humaine, incapable d'accéder à la plénitude de la vérité sans l'aide de Dieu, tandis que Thomas d'Aquin est beaucoup plus confiant dans les capacités de l'homme.

Raymond Lulle, Juan Luis Vivès, Raymond Sebond sont les héritiers de ce courant. L’Apologie de Raimond Sebond (Wikisource) de Michel de Montaigne appartient de fait à cette tradition.

  • Des livres d'exégèse : Commentaires du Livre de la Sagesse, de l'Evangile selon Luc et Conférences sur l'évangile de Jean.
  • Des livres de spiritualité : Les Trois voies de la Vie spirituelle, Itinéraire de l'esprit vers Dieu, L'Arbre de vie, Le Soliloquium
  • Commentaire sur Sentences de Pierre Lombard(1250)
  • Vie de saint François
  • Un compendium de Théologie : Le Breviloquium
  • Des œuvres intéressant l'Ordre franciscain,
  • De très nombreux sermons et une synthèse de théologie spirituelle : Les Conférences sur l'Hexaemeron.

Ses œuvres complètes ont été publiées, en 10 volumes in-folio, entre 1882 et 1910 par le Collège d'études médiévales des Franciscains de Quaracchi (Florence).

On lui a attribué, à tort, de nombreux traités spirituels et mystiques des XIIIe et XIVe s. tels : 

  • Commentaires sur l'imitation de Jésus-Christ
  • Méditations sur la vie de Jésus-Christ, plusieurs fois traduits en français,

Ses Œuvres ont été publiées à Rome, 1586-1598, 8 volumes in-folio et à Paris, 14 volumes, in-8, 1866. Ses Œuvres spirituelles ont été traduites par l'abbé Berthaumier, mais sans discernement critique. 1855.


Saint Janvier

Les sources

Saint Janvier est évoqué par plusieurs sources anciennes :

  • la liste épiscopale de Bénévent ;

  • une lettre du prêtre Uranius qui relate la mort de saint Paulin en 431;

  • une peinture du Ve siècle qui orne sa catacombe à Capodimonte (Naples) et représente le saint nimbé entre deux cierges;

  • sa passion est décrite dans les Acta Bononiensia (VIe siècle?) ainsi que dans les Acta Vaticana (IXe siècle)

Par ailleurs, Alexandre Dumas a consacré trois chapitres à saint Janvier dans son ouvrage Le Corricolo qui relate le voyage de l’écrivain de Rome à Naples en 1835.

La légende

Saint Janvier serait né vers 270 à Naples et serait le descendant d’une ancienne famille romaine patricienne, la Gens Januari. Il aurait été ordonné prêtre puis élu évêque de Bénévent en 302.

Vers 303-304, au début de la grande persécution de Dioclétien, deux de ses diacres, Sosius diacre de Misène et Proculus, diacre de Pouzzoles, furent arrêtés avec deux gentilshommes, Eutyche et Acuce et jetés dans les prisons de Cumes par Dragonce (Dragontius), proconsul de Campanie.

En 305, lorsque Constance et Galère succédèrent à Dioclétien et Maximilien, Dragonce fut rappelé à Rome et remplacé par Timothée et les chrétiens emprisonnés à Cumes furent relâchés.

Apprenant cette libération, saint Janvier, qui avait partagé la douleur des prisonniers, quitta son diocèse accompagné du diacre Festus et du lecteur Desiderius pour venir partager leur joie. Ils se rejoignirent dans une église aux environs de Pouzzoles et l’évêque, assisté de Sosius et Proculus y célébrait la messe quand il se fit au-dehors un grand bruit, suivi d’un long silence : une voix lisait le décret de persécution de Dioclétien que Timothée avait remis en vigueur.

À la sortie de l’église, Janvier guérit une de ses parentes paralytique et lui confia les deux burettes qui lui servaient à célébrer la messe; alors, avec ses compagnons et la foule, il se rendit à Nola lors d’une marche qui parut un triomphe. Mais Timothée l’attendait sur la place de Nola et l’interrogea. Condamné à mort à l’issue de cet interrogatoire, saint Janvier sortit indemne du bûcher où on l’avait précipité; il fut alors fouetté au sang et jeté en prison avec Sosius, Proculus, Eutyche, Acuce, Festus et Desiderius. Puis les sept condamnés furent menés à l’amphithéâtre de Pouzzoles (voir vue aérienne Maps.Google : Amphithéâtre de Pouzzoles) pour être donnés en pâture aux fauves mais les lions, les tigres et les hyènes, bien qu’affamés, se couchèrent à leurs pieds… Timothée, pris d’un coup de sang, en perdit la vue mais Janvier la lui rendit… Devant ce miracle, cinq mille des trente mille spectateurs présents demandèrent à être baptisés par le saint; Timothée, quelque peu agacé, ordonna alors qu’on coupe la tête de Janvier, Proculus et Sosius et rentra dans son palais à Nola.

Les deux diacres furent ainsi décapités le 19 septembre 305 dans le forum proche du volcan Vulcano de Pouzzoles (voir vue aérienne Maps.Google : Forum de Solfatara), puis il en fut de même pour Janvier après que le saint eut demandé, ordonné et prié le bourreau, car ce dernier ne trouvait plus de forces pour faire sa funeste besogne; ainsi revigoré, le bourreau coupa non seulement la tête du saint mais également un de ses doigts. Le bourreau et les hommes de troupe, partis faire leur rapport à Timothée, l’auraient trouvé dans son palais pillé et déserté : le proconsul n’était plus qu’un cadavre informe et pourri… et le bourreau et ses comparses auraient péri asphyxiés par les émanations pestilentielles qu’exhalait le corps de Timothée.

La nuit qui suivit le martyre, la parente paralytique que Janvier avait soignée recueillit du sang de l’évêque martyr avec une éponge, comme il était d’usage à l’époque, et en remplit les deux fioles qui avaient servi à Janvier à célébrer sa dernière messe puis elle emmena les ampoules chez elle, à Antignano à Naples. Un aveugle de Pouzzoles à qui saint Janvier avait rendu la vue à l’issue de son martyre récupéra la tête, le corps et le doigt du martyr et les plaça dans un coffre qu’il emmena à l’Agro Marciano (Fuorigrotta) à Naples; puis, le corps fut ultérieurement transféré dans la catacombe dite de saint Janvier, toujours à Naples.

Pour certains, cela se serait passé le samedi précédant un premier jour de mai au début du IVe siècle. Ce jour-là, sur le chemin de Capodimonte, lorsque la relique passa à Antignano, la femme plaça les ampoules près du corps et le sang desséché du saint se liquéfia. Pour d’autres, c’est le pape Jean Ier qui fit placer les restes du saint dans cette catacombe au début du Ve siècle.

Alexandre Dumas a raconté cette histoire, avec de nombreux autres détails, dans le Chapitre XIX de son ouvrage Le Corricolo.

Le culte de saint Janvier

Dans son récit de la vie de saint Paulin évêque de Nola (353-431), le prêtre Uranius indique que Paulin reçut, la veille de sa mort, la vision de saint Janvier et de saint Martin, évêque de Tours, venus le chercher pour le conduire au ciel.

Dès le début du Ve siècle, les Napolitains vénéraient les reliques de saint Janvier comme en atteste la peinture d’époque représentant le saint nimbé entre deux cierges, dans sa catacombe à Naples.

Saint Janvier vient en tête de la petite centaine de saints patrons que les habitants de Naples se sont donnés. Ceux-ci considèrent que le saint leur a accordé sa protection en 1497 contre la peste de même qu’en 1631, 1698, 1767, 1779… contre les destructions qu’auraient pu causer les éruptions du Vésuve.

Les pérégrination du corps du saint

La dépouille de saint Janvier fut placée en 306 dans une catacombe de Capodimonte dédiée au saint évêque martyr, à Naples.

En 831, Sicon, prince de Bénévent, assiégea Naples et, victorieux, laissa la vie sauve aux habitants car ceux-ci acceptèrent de lui donner le corps de saint Janvier.

À Bénévent, le corps de saint Janvier changea d’église en 1129 puis fut secrètement caché et muré en 1156 sous le maître autel de l’abbaye de Montevergine à Avellino où on le redécouvrit en 1480 en restaurant l’autel.

En 1492, le roi Ferdinand Ier de Naples obtint du pape Alexandre VI la permission de ramener saint Janvier dans le Duomo San Gennaro à Naples; les reliques y entrèrent solennellement le 13 janvier 1497 ; de nos jours, elles sont toujours dans ce lieu, dans la chapelle San Gennaro dont la construction fut décidée le 13 janvier 1527 par les notables napolitains dans le but d’épargner leur ville de la peste.

La chapelle San Gennaro

Les fresques

La chapelle terminée, les notables de la ville décidèrent de l’orner de fresques représentant les principales actions de la vie du saint en faisant appel aux plus grands peintres de l’époque. Mais selon le récit d’Alexandre Dumas (chapitre XX du Corricolo), les peintres napolitains décidèrent que la chapelle ne serait décorée que par des artistes indigènes et jurèrent que tout rival qui répondrait à l’appel s’en repentirait cruellement :

« Soit qu'ils ignorassent ce serment, soit qu'ils ne crussent pas à son exécution, le Dominiquin, le Guide et le chevalier d’Arpino accoururent; mais le chevalier d’Arpino fut obligé de fuir avant même d’avoir mis le pinceau à la main; le Guide, après deux tentatives d’assassinat quitta Naples à son tour : le Dominiquin seul […] n’écouta ni insultes ni menaces, et continua de peindre. […] Lorsqu’un jour il se trouva mal sur son échafaud : on le rapporta chez lui, il était empoisonné.

Alors, les peintres napolitains se crurent délivrés de toute concurrence; mais il n’en était point ainsi : un matin, ils virent arriver Gessi, qui venait avec deux de ses élèves pour remplacer le Guide, son maître; huit jours après, les deux élèves, attirés sur une galère, avaient disparu, sans que jamais plus depuis on n’entendit reparler d’eux; alors Gessi abandonné perdit courage et se retira à son tour ; et l’Espagnolet, Corenzio, Lanfranco et Stanzione se trouvèrent maîtres à eux seuls de ce trésor de gloire et d’avenir, à la possession duquel ils étaient arrivés par des crimes. »

On trouve ainsi les fresques suivantes dans la chapelle :

  • Femme guérissant une foule de malades avec l’huile de la lampe qui brûle devant saint Janvier du Dominiquin,
  • Résurrection d’un jeune homme du Dominiquin,
  • Saint Janvier sortant de la fournaise de l’Espagnolet,
  • Possédée délivrée par saint Janvier de Stauzione,
  • et la décoration de la coupole par Lanfranco (à laquelle il refusa de travailler tant que les fresques commencées par le Dominiquin aux angles des voûtes ne seraient pas entièrement effacées).

Le reliquaire

Les reliques de saint Janvier sont conservées dans une niche qui se trouve derrière le maître-autel de la chapelle séparée en deux par une cloison de marbre : une demi-niche contient les ossements du saint, l’autre les deux ampoules. Cette niche est close par deux portes d’argent massif sculptées aux armes du roi Charles II d'Espagne et fermées par deux clefs dont l’une est gardée par le cardinal archevêque de Naples et l’autre par une compagnie tirée au sort qu’on appelle les députés du Trésor.

La « cour » de saint Janvier

Saint Janvier, d’origine patricienne, se devait d’avoir sa cour en tant que saint patron de Naples : il a donc un cortège de saints inférieurs qui reconnaissent sa suprématie et l’accompagnent quand il sort en procession; ce sont les patrons secondaires de la ville de Naples.

Voici comment se recrute cette armée de saints « courtisans » : toute confrérie, tout ordre religieux, toute paroisse ou tout particulier qui tient à faire déclarer un saint qu’il affectionne patron de Naples (sous la présidence de saint Janvier) doit faire fondre une statue de ce saint en argent massif et d’un poids requis et à en faire don à la chapelle du Trésor de la cathédrale.

Le miracle de saint Janvier

La légende du saint (voir plus haut) raconte qu’à Antignano, le samedi précédent le 1er jour de mai du début du IVe siècle, lors du transfert de son corps vers sa catacombe, le sang se liquéfia lorsque les deux ampoules contenant le sang desséché furent approchées de sa dépouille par sa parente.

Ce phénomène a ensuite été attesté pour la première fois à Naples le 17 août 1389. À noter que la liquéfaction ne nécessita pas ce jour-là que les fioles soient approchées de la dépouille puisque, de 1156 jusqu’en 1480, celle-ci était secrètement dissimulée sous le maître autel de l’abbaye de Montevergine à Avellino. Depuis, le phénomène se produit régulièrement lors de cérémonies organisées spécifiquement à Naples.

Néanmoins, à ce jour, l’Église ne s’est pas prononcée officiellement sur le caractère miraculeux du phénomène.

Le «  miracle » de la liquéfaction du sang de saint Janvier est célébré habituellement trois fois par an : 

  • le samedi précédant le premier dimanche de mai, date anniversaire du transfert de la dépouille du saint de Fuorigrotta dans sa catacombe à Capodimonte, au début du IVe siècle, où le phénomène se produisit pour la première fois;
  • le 19 septembre, date anniversaire de son martyre en 305;
  • le 16 décembre, date anniversaire de l’éruption du Vésuve de 1631 qui fit 4 000 morts mais en épargnant la ville de Naples.

Le cérémonial

La liquéfaction du sang de saint Janvier fait l’objet d’une cérémonie au Duomo San Gennaro : le sang, contenu dans les deux ampoules hermétiques disposées dans une châsse fait l’objet d’ostensions, face à la foule. La cérémonie se déroule en présence de l’archevêque de Naples, de personnalités de la région et de milliers de fidèles massés dans la cathédrale et sur son parvis.

Généralement au cours des ostensions, le sang se liquéfie - ou même parfois entre en ébullition — en changeant de couleur et de volume (du simple au double) — puis les reliques sont précieusement remises sous clefs. En septembre et en mai, la cérémonie se répète huit jours durant.

Si le sang se liquéfie rapidement, c’est le signe que Naples bénéficiera de toutes sortes de bénédictions et c’est la liesse générale dans la ville. Par contre, si le sang tarde à se liquéfier ou ne se liquéfie pas, c’est signe de malheurs à venir pour la ville et le moral des Napolitains s'en ressent, ce qui se comprend.

Ça ne fonctionne pas à tous les coups…

Le 6 mai 2000, alors que le cardinal ouvrait la niche pour prendre la châsse contenant les ampoules pour la cérémonie, il constata que le sang était déjà partiellement liquéfié…

Et il existe aussi des cas où la liquéfaction ne s’est pas produite.

Ainsi, récemment en 1976, en dépit de 8 jours d’invocations et d’ostensions, le contenu des précieuses ampoules refusa de se liquéfier; ce fut le cas également en 1849 alors que le pape Pie IX était venu assister à l’événement…

Au printemps 1799, alors que Naples était tombé aux mains des Français, le nouveau gouvernement napolitain, installé par eux, voulut asseoir son pouvoir en s’en remettant au jugement de saint Janvier; un non-accomplissement du miracle de la liquéfaction aurait signifié le rejet divin du nouvel ordre républicain instauré par les Français. Le général français Macdonald et son état-major étaient venus assister à la cérémonie. À six heures du soir, aucune trace de début de liquéfaction ne s’était manifestée et les Napolitains commençaient à vociférer contre les Français. À huit heures toujours rien et le climat tournait à l’émeute. Selon le récit qu’en fait Alexandre Dumas dans le chapitre XXII du Corricolo ¹, Macdonald voyant l’ambiance s’échauffer se pencha sur un aide de camp et lui dit quelques mots à l’oreille. L’aide de camp… se mêla à la foule des fidèles qui se pressaient pour aller baiser la fiole, arriva jusqu’à la balustrade, se mit à genoux et attendit son tour.

Au bout de cinq minutes, le chanoine prit sur l’autel la fiole renfermant le sang parfaitement coagulé; ce qui était, vu l’heure avancée, une grande preuve de la colère de saint Janvier contre les Français, la leva en l’air, pour que personne ne doutât de l’état dans lequel elle était; puis il commença à la faire baiser à la ronde. Lorsqu’il arriva devant l’aide de camp, celui-ci, tout en baisant la fiole, lui prit la main. Le chanoine fit un mouvement… Je veux vous dire, de la part du général en chef, reprit l’aide de camp, que si dans dix minutes le miracle n’est pas fait, dans un quart d’heure vous serez fusillé… puis il se leva, et revint prendre sa place près du général. Eh bien? dit Macdonald. Eh bien! dit l’aide de camp, soyez tranquille, général, dans dix minutes le miracle sera fait. L’aide de camp avait dit la vérité : seulement il s’était trompé de cinq minutes. Au bout de cinq minutes, le chanoine leva la fiole en criant : Il miracolo è fatto! Le sang était en train de se liquéfier. Mais, finalement, les troupes françaises évacuèrent Naples quelques jours après - le 7 mai - suite à l’ordre du Directoire donné le 4 mai : saint Janvier n’avait-il pas eu raison, en fin de compte? On peut se demander de plus si saint Janvier ne serait pas finalement anti-républicain - ce qui s’expliquerait par ses origines! - car, en 1849, devant Pie IX, lorsque le sang ne voulut pas se liquéfier, c’était aussi une période où se jouait l’unification républicaine de l’Italie.

La procession

Le rituel de la procession de saint Janvier a commencé dès la fin du XVe siècle. Il se déroule à Naples, selon un ordre bien établi. Le cortège se rend de la chapelle du Trésor du Duomo San Gennaro (domicile habituel de saint Janvier) à la cathédrale Santa Chiara - Sainte-Claire - (lieu de culte des rois de Naples). En quelque sorte, Janvier, saint martyr de noble souche, rend régulièrement une visite de courtoisie à ses successeurs temporels…

Le cortège est actuellement constitué ainsi :

  • des portes étendards représentant les chapelles et églises des quartiers de Naples ouvrent la marche;

  • différentes confréries religieuses suivent, portant les statues des saints et des saintes en argent et en or qui constituent « la cour » de saint Janvier;

  • suit ensuite l’archevêque cardinal avec le buste en argent de Saint-Janvier et le reliquaire abritant les ampoules;

  • les notables suivis de la foule ferment la procession…

La description qu’en ffait Alexandre Dumas dans le chapitre XXI du "Corricolo" laisse cependant à penser que ce bel ordre n’est pas toujours vraiment respecté… En cours de route, les différents saints de la cour de Janvier se dispersent pour aller faire un tour dans leurs quartiers ou leurs paroisses puis rejoignent Santa Chiara où ils s’inclinent en rentrant devant saint Janvier pour lui rendre hommage.

Ces processions se déroulent le samedi précédant le premier dimanche de mai ainsi que le 19 septembre si c’est un dimanche ou le dimanche suivant le 19 septembre lorsque ce n’est pas le cas.

En septembre, la fête de San Gennaro est célébrée par tous les Napolitains du monde, notamment à New York où a lieu une grande parade.